jeudi 18 juillet 2013

Etre une Froggy ou une Rosbeef?

TO BE A FROGGY OR A ROSBEEF?

(Scroll down to read the post in English)

Etre partagée entre deux pays différents, ça a ses avantages et ses inconvénients. Dans mon cas, voilà déjà trois ans que je vis au Royaume-Uni, c'est à dire bien loin de ma contrée Vosgienne, de ses vaches et de ses forêts...

Autant vous dire que lors de mes premiers jours en Angleterre, ce pays me paraissait être la Terre promise. Des British à tous les coins de rue (normal vous me direz), le Tea time, les scones, leur loyauté envers la famille royale, les pubs, des roux, des punks, et les affiches pour le dernier Harry Potter placardées dans toute la ville... Bref, tout pour me vendre du rêve! 
Tu commences par découvrir leur gastronomie, tu apprécies leurs viennoiseries et tu t'extasies en faisant tes courses dans leurs supermarchés ouverts 24h/24h. Ca te parait être une révolution, tu te demandes pourquoi la France n'a jamais fait ça? Doucement, tu tombes aussi accro à leur thé, tu te prends au jeu et tu finis par en boire dix par jour. Au petit-déjeuner, tu essayes d'abord le Full English mais tu ne te sens pas tout à fait prête à encaisser ça chaque matin, donc tu finis plutôt par te tourner vers le porridge. Des flocons d'avoine chauffés dans du lait, ça ne peut pas te faire de mal, n'est-ce pas?

L'avantage de vivre dans un pays étranger, ce sont aussi les rencontres que tu y fais. Toutes ces nouvelles têtes, c'est cool, c'est rafraichissant, tu sors régulièrement dans ton bar préféré, cela en devient presque un rituel. Le vendredi soir, c'est bière et Fish&Chips. Le dimanche, un Roast. 
Et puis tu apprends à parler une nouvelle langue. Certes, on nous donne nos premières notions d'Anglais quand on a 7 ou 8 ans, mais quand tu débarques dans un pays où tu réalises que personne ne pige ce que tu dis, tu te rends vite compte que savoir dire "Hello" et "Bryan is in the kitchen" ne te sera pas d'une grande utilité. Heureusement, le langage du mime marche assez bien au commencement, il suffit juste de ne pas avoir peur du ridicule. Jusqu'au jour où tu comprends sans difficulté ce que dit le couple qui discute à côté de toi dans le métro et que tu arrives à regarder Bob l'Eponge à la télé sans les sous-titres.

Ce sont pleins de petites choses que tu apprends à apprécier, les découvertes, tous ces nouveaux éléments qui sont nouveaux pour toi et qui te semblent incroyables. C'est alors que tu deviens soudainement patriotique envers l'Angleterre et la défend coute que coute: "Non, il ne pleut pas tout le temps là-bas! Et non, ils ne mangent pas de saucisses et haricots tous les matins" Alors à partir de là, tu te dis que tu as enfin réussi, que tu vis désormais dans le pays pour lequel tu as toujours été destinée et que tu y resteras pour le reste de ta vie. 

Et avec le temps, viennent ensuite les inconvénients. Les problèmes d'adultes entre autres. 
Tu finis par comparer ton pays d'adoption à ton pays d'origine, les styles de vie que tu as dans l'un et aurais dans l'autre. Tu te rends compte que tu manques un tas de petites choses. Le pain pour commencer, il n'y a pas eu une fois où je suis rentrée en France et que je ne me suis pas jetée sur la baguette fraiche achetée au boulanger le matin-même. Et en bonne Française que je suis, je n'oublierai pas de mentionner le fromage. Le Cheddar va bien un temps, mais j'ai besoin de diversité: du comté, du camembert, munster, chèvre frais, coulommiers, reblochon, la liste est longue... 


Tu ne peux pas t'empêcher de comparer les produits également. "Haha, ça? Du vin? De la piquette oui!". Et puis tu te retrouves aussi à rêver de voir certains produits français être importés dans les grandes surfaces anglaises, pour n'en mentionner que quelques-uns : Carambars, brioche, plus de variétés de pâtes et des Kinder Country. Encore une fois, la liste est longue.

Vient ensuite la paperasse, parlons des impôts par exemple. Autant vous annoncer que pour la première année que vous passez en Angleterre, achetez-vous de l'aspirine. Quand vient le moment de déclarer vos revenus en France jusqu'à votre départ en Angleterre, vous découvrez qu'il faut aussi déclarer vos revenus en Angleterre sur un formulaire différent, ce dernier devant être accompagné d'un troisième formulaire faisant office de domicile à l'étranger avec preuve de compte bancaire dans ce même pays. Si vous êtes chanceux, vous serez peut-être exemptés de remplir tout ça. Sinon, vous trouverez paracétamol et ibuprofène dans n'importe quelle grande ou petite surface commerciale.
Je vous passerai aussi le plaisir du National Insurance Number. Non seulement tu dois te taper le trajet jusqu'au "Job Centre Plus" le plus proche, attendre de décrocher un rendez-vous (au moins deux ou trois semaines) et ensuite il faut quatre semaines supplémentaires pour recevoir le numéro qui te permet d'être couverte par la sécurité sociale.

Puis un jour, tu te découvres des tendances un chouilla ethnocentriques. Notamment quand tu râles contre le fait que les Anglais se sentent obligés de faire tout différemment du reste des Européens. Pourquoi doivent-ils conduire à gauche et avoir des voitures avec le volant à droite? Pourquoi ne pouvaient-ils pas adopter l'Euro comme tout le monde? Pourquoi ont-ils des prises électriques différentes? Forcément, tout ça ne t'aide pas beaucoup quand tu débarques en Angleterre en voiture et que tu prends ton premier rond-point à l'envers. Les priorités à droite deviennent des priorités à gauche. Tu as l'impression de rentrer à contresens sur l'autoroute... De même quand tu dois rentrer en France et que tu dois courir au bureau de poste pour faire changer tes Livres Sterling pour des Euro, et acheter un adaptateur pour la prise de ton chargeur d'ordinateur.

Enfin, alors qu'auparavant tu faisais la brave jeune fille indépendante et aventureuse, qui ne rêvait que de s'échapper de son village perdu à la campagne, et bien quelques années plus tard, tu termines tout de même par terriblement manquer les membres de ta famille et rater tous les moments importants qui se déroulent dans leur vie. Les bébés, les mariages, les fêtes de famille, les barbecues, la petite soeur qui fête ses 20 ans alors qu'elle est restée bloquée à 12 ans dans ta tête... Ce sont des tas de petits événements qui se déroulent et que tu regrettes du fond du coeur de ne pas pouvoir y assister. Tu ne peux pas débarquer chez ta mère le dimanche quand elle a préparé ton dessert préféré, tu ne peux pas dépenser 200€ en transport à chaque fois qu'il y a un repas de famille, tu ne peux pas aller boire un café avec ta meilleure amie et papoter un peu, enfin bref, la distance se fait sentir fortement...

La solution serait éventuellement de rentrer en France, me direz-vous. C'est évidemment une chose que j'envisage désormais fortement, mais il a fallu que je rencontre mon Jules dans un pub de Reading, par un soir où la bière et le cidre avait coulé un peu trop à flot. Biim, voila que je rencontre LE bon, celui qui me fait vibrer, celui qui me donne des ailes et qui me fait penser mariage, bébés, maison, alors que je ne voulais jusqu'alors que du fun, de l'aventure en solitaire et pleins d'expériences incroyables. Me voilà ainsi casée et vivant depuis 1 an et demi avec ce British invétéré, fier de l'être et avec un sens inconditionnel de la moquerie envers les Français. Allez-lui proposer, vous, d'aller vivre en France... Autant dire qu'il va falloir que j'y travaille pendant plusieurs années si je souhaite pouvoir le convaincre. Par chance, il aime le fromage donc ça me donne un angle d'attaque qui n'est pas négligeable.

Ceci dit, la vie chez les Anglais n'a rien de déplorable. Techniquement, on s'y habitue et on s'y plait relativement rapidement. On ne peut pas dire non plus que la France soit réputée pour une administration facile à vivre, que tu vives à l'étranger ou non. Mais au final, on se retrouve toujours le cul entre deux chaises... 
Alors Angleterre ou France...?


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ENGLISH
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To be shared between two countries has its advantages and disadvantages. In my case, it's already been three years that I spent in the UK, very far away from my homeland from Vosges, its cows and forests...


I might as well confess that my first day in England were spent thinking I had finally reached the Promised Land. British people at every corner of the street (although that seems pretty normal...), the famous Tea Time, scones, their loyalty to the royal family, their pubs, gingers, punks, and all the ads for the last Harry Potter film everywhere in town... In short, it genuinely sold dreams to me!

You start by discovering their gastronomy, you enjoy their pastries et you're happy to go shopping in their supermarkets open 24/7. It all looks like a great revolution and you ask yourself why we don't have those in France. Slowly, you also get addicted to their tea and end up drinking ten a day. You then try the Full English for breakfast, but you don't quite feel English enough to have this every morning so you start trying porridge and rather like it. Oats with milk, surely this is harmless, isn't it? 
Another advantage of living abroad is that you get to meet many people. You find all these new faces refreshing, it's nice and you regularly go out to your favourite pub that it almost becomes a ritual. On Friday evening, it's beer and Fish&Chips. On Sunday, you order the Roast.

You also learn to speak a new language. I know they give us the first basics in English at the age of 7 or 8, but you land in a country where no one understands a word that you say, you quickly realise that being able to say "Hello" and "Brian is in the kitchen" won't be very helpful. Fortunately, miming suddenly becomes one of your biggest talent and it works rather well to make people understand you, provided that you're not afraid of looking ridiculous. But then comes a day when you finally understand what the couple sitting next to you in the tube is talking about, and you're able to watch Spongebob Squarepants on TV without any subtitles. 

Those are many little things that you learn to appreciate, all the discoveries and new elements which are  unfamiliar to you but still seem incredible. That's when you suddenly become patriotic towards the UK and defend it under any circumstances : "No, it does not rain every day over there! And no, they do not eat sausages and baked beans every morning!". So from there, you tell yourself that you finally made it, that you now live in the country you were always meant to live in, and that you'll stay there for the rest of your life.

But then with time, come the disadvantages. Mostly adults' problems.
You find yourself comparing your adopted country to your native country, the lifestyles you have in one and would have in the other one. You realise that you miss so many little things. Bread to start with, there hasn't been a time when I went back to France and didn't throw myself to a baguette freshly bought at the bakery the same morning. As a good Frenchy French, I won't forget to mention the cheese either. Cheddar is nice for a while, but I do need diversity : Comté, Camembert, Munster, Bleu, Chèvre, Coulommiers, Reblochon, my list is long...


At some point, you can't help but compare everything. "Haha, this is what you call French wine? Plonk would be more like it". You also start dreaming that some products could be imported into English's shops, such as : Carambars, brioche, more sorts of pasta and Kinder Country. Again, the list is long.
Then you have all the bumf, like the French tax return. Although we can only blame the French government making everything complicated here, I should warn you to get some aspirins before you start filling your tax declaration for the first year you've spent in the UK. Not only you have to declare everything you earned in France up to the day you left the country, but in some cases (like mine) you also have to declare what you earned in the UK on a different form, the latter having to come with another form proving you have a bank account in this same country. If you're lucky, you may be exempted to do all this. Otherwise, you can find paracetamol and ibuprofen in any groceries shop.
I will pass over the pleasure of getting a National Insurance Number too. Not only you have to go all the way to a Job Centre Plus (sometimes quite far away), get an appointment (it takes about two or three weeks) and then wait another four weeks or more to receive your number in the post. But at least, once you get that, you can work and be covered by the NHS.


But you know it's really bad when you become a bit ethnocentric. Especially when you moan about the fact English people felt the need to do everything differently from the rest of Europe. "Why do they have to drive on the left side and have cars with the wheel on the passenger side? Why couln't they take the Euro just like everyone else? Why do they have to have different plugs?" Obviously, it doesn't help you when you come in the UK by car and you have to take your first roundabout the other way around. Rights of way are opposite, and you feel like you enter the motorway the wrong way again... Likewise, when you have to go back in your native country but you must run to the post office first to change your Pounds into Euro, as well as buying a plug adaptor for your laptop's charger.

Finally, although you used to be that very brave, adventurous and independent young woman who was only dreaming of running away from her village lost in the countryside, you can't help but find yourself a few years later desperately missing it. You miss your family, and you miss all the important events happening in their lives. Weddings, anniversaries, babies, family meals and barbecues, your younger sister turning 20 whereas she's still 12 in your mind... They are all simple but important things that you badly wish you could see and attend. But unfortunately, you can't just stop by your mum's on sunday when she's made your favourite pudding, you can't just spend £180 in transport every time there is a family reunion, and you can't just go and have a coffee with your best friend... In short, distance is a killer.


The solution would obviously be to go back to France. Of course, this is something that I am strongly considering from now on, but I met my boyfriend in a pub in Reading on a night where we've both had too much beer and cider. So there he was, THE one, the one that made me fall in love, the one that makes me feel everything is possible and makes me think about wedding, babies, house whereas until I met him, I only wanted to have fun, solitary adventures and live exciting experiences. Now I am settled and have spent a year and a half with this inveterate British, proud to be, and with an unconditional sense of mockery against the French. Quite ironic... So you go and ask him to move to France... Let's just say I'll probably need to work on that for several years if I want to persuade him. But lucky for me, he likes cheese so I know the kind of approach I will need to use.

Having said that, living in the UK is not bad at all. Technically, you get used to it and like it pretty quickly. Most people are lovely, welcoming, the scenery is quite nice too. And we can't say that France is perfect either, especially with it's annoying administration system, living abroad or not. But at the end of the day, I am still caught between two stools...
So, England or France...?




2 commentaires:

  1. Chouette billet :) Oui ca ne doit pas être facile... Il y a du bon et du mauvais partout! belle journée!

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